" Ils existent des mots et des images incohérentes se bousculant dans ma tête. Elles font tristement parties de qui je suis et je sais pertinemment que rien ne s'en ira jamais. Je suis cyclique. Tout revient toujours. Ces choses externes sont là pour me faire descendre et toucher le fond. Je suis la dépression incarnée. Tristesse maladive et pluie dévastatrice. Je vis dans un monde où la météo ne m'intéresse plus. Je suis centrée vers la terre me disant que tout est moche. C'est parce que nous allons faire en sorte que ça le soit vraiment. Fatalisme, ne lâche pas ma main. " DÉPRESSION CYCLIQUE Je regarde ces vies comme des miroirs vides reflétant la conspiration mondiale de l'étreinte. Plus aucun animal ne chante dans cette nature défunte. Nous n'entendons que les cris désespérés des monstres ayant quitté leur humanité il y a bien trop longtemps.
Ce monde n'en est pas un. C'est l'esquisse d'un vague champ de bataille où les guerres sont éteintes et les mots enflammés. Les corps calcinés par nos lèvres se tordent de douleur sur un sol sec, meurtri, dépouillé. Les cadavres s'entassent dans chaque recoin et les jeunes filles ne peuvent se retenir de contempler.
Car nos yeux subissent l'attraction intemporelle sur l'hideux et le macabre. Les visages angéliques paraissent irréels dans ce monde factice où la matérialité des choses porte à conséquence.
Nous sommes à la surface d'une future planète qui ne tourne déjà plus. Là où la vie est exempte d'imagination. Nul homme ne s'insurge devant ses propres boyaux en dispersion. La normalité va dans le sens contraire à l'éthique allégorique comme l'horloge des morts où plus le temps avance, plus nous vous oublions. Les particules de poussière en suspension s'infiltrent dans les pores asséchés.
Quand soudain, une pluie torrentielle s'abat sur ce qui fut et fera vie. D'imposantes gouttes d'une eau cristalline écrasent l'enveloppe charnelle de ces êtres à peine humains. Mais dans ce lavage jusqu'à une pureté inconditionnelle, nous nous mourrons. Ce qui est céleste est trop fantasmagorique pour le carnage. Notre regard n'est pas assez affûté pour la beauté et nos âmes pas assez préparées à la perfection.
Les corps gonflent, gorgés jusqu'à la moelle. Les organes se transforment en une mélasse noire, vaseuse et informe. Ils liquéfient la peau desséchée autrefois et s'immiscent à travers les orifices divers, cherchant à atteindre l'air frais de l'extérieur. Les eaux montent au point de faire flotter des membres en décomposition. Les cadavres à la surface se tournent vers le gris du ciel pour y accrocher leur pupilles dilatées.
Au dessus de ce désastre, plane une cage en un sombre fer forgé avec une supériorité divine. Une toute petite fille, couchée sur le ventre dans cette prison exemplaire, passe son bras à travers les barreaux afin d'attraper un morceau de chair. Elle se sustente malgré l'odeur nauséabonde de ces membres flétris. Elle ingurgite les lambeaux sanguinolents. Et lèche les os poreux.
Avec ses mains jointes en forme de bol, elle prend une lampée de cette soupe funeste. Elle se désaltère avec un plaisir frôlant une vésanie irréversible. Car sa bouche contient la substance du monde concentrée et pénétrant son corps.
Le vent possède une inquiétante mélodie à travers les cieux découpés. Il retentit une musique comme l'épée du chevalier tranchant l'air, comme les hurlements d'une petite fille violée et agonisante. De plus, tout tourne beaucoup trop vite. Les saisons s'enchaînent et ce marais devient un bloc de glace.
La fille en cage laisse couler son sang sur le givre car la pureté nivéale doit être salie. Elle rigole en remarquant les trépassés pris dans ce cimetière hivernal. Ayant froid, elle découpe sa peau pour se faire un manteau.
Mais le soleil n'aime pas les blessures et éclate les mutilations par chaleur thermique. Cette souffrance chronique et diurne conditionne la martyr à voir l'irréel. Elle voit la mort sans pouvoir s'arracher les yeux. Alors, comme elle, nous coupons notre langue et la dédions à notre Dieu : le silence. Deux termes se confondant par leur sens car personne n'a entendu Dieu. Non, la petite fille n'a pas parlé, tétanisée dans la quiétude de son nom.
Sur son corps frêle et engourdit bourgeonne une nature nouvelle. Cette mousse verte s'étend peu à peu et s'infiltre à l'intérieur des cicatrices telles des racines maladivement propagatrices. Le vrai monde se réveille et les neiges purpurines fondent. Les morts que Dieu a mangé reviennent à la vie en criant vengeance. Mais ils n'ont plus de jambe pour courir vers le châtiment. Ils sont refoulés dans l'immonde passé.
Comme nous devenons ce que nous nous forçons d'être dans notre inconscient, ces êtres à nouveau humains se transforment en ordures et se font ronger par bactéries et vermines. La petite fille, devenue une sphère de verdure, tourne sur elle-même avec frénésie dans sa cage suspendue. Elle entraîne avec elle ce monde catatonique. Puis, le tout s'appela Terre.
Dieu est en son centre. Seulement, nous ne sommes pas adapté à son excellence angélique, trompés par l'horrible odeur de notre planète constituée de pourritures, de cadavres et de dépressions cycliques.
CE TEXTE M'APPARTIENT. TOUT COMME LE TEMPS QUE VOUS PERDEZ A LE LIRE.